Mes chers lecteurs, mes chères lectrices, voici mon blog construit essentiellement autour de mes oeuvres afin de partager et d'échanger avec vous. Vous aurez l'accès aux livres, aux reportages et interviews, radio ou TV, aux articles de presse, etc... Aussi, vous pourrez me demander des dédicaces. Alors à bientôt... Nedim Gürsel «On n’habite pas un pays, on habite une langue. Une patrie, c’est cela et rien d’autre. » (E.M. Cioran, Aveux et anathèmes). Blog créé par Zühal Türkkan Gürsel et Leyla-Gün Gürsel.

09 Dec

Sept derviches, éd. du Seuil, 2010.

Publié par Nedim GÜRSEL  - Catégories :  #Récit

Sept derviches, éd. du Seuil, 2010.

Libération ;

Derviches de haute voltige

3 avril 2010

Guerriers de la steppe anatolienne ou fous de Dieu des XIIe et XIIIe siècles, un carnet de voyage en sept portraits.

Bardes errants célébrant l’amour de l’Unique, ils parcouraient sans fin la steppe anatolienne. Venus du Khorassan dans l’est de la Perse ; des plateaux de l’actuel Afghanistan et d’autres de Boukhara. Ils suivaient les tribus turques dans leur longue marche vers l’Ouest. «On comptait parmi eux des derviches guerriers prenant part aux conquêtes qui bousculaient les frontières mais aussi des derviches qui ceignaient des épées de bois ou se transformaient en colombes», écrit Nedim Gürsel dans son livre carnet de voyage consacré à ces fous de Dieu des XIIe et XIIIe siècles qui chantaient aussi l’amour de l’homme. Leurs tombes ou les couvents où ils vivaient sont autant de lieux de pèlerinage pour un islam populaire turc, ouvert et tissé de merveilleux.

De tels récits sont une veine où excelle Nedim Gürsel, romancier turc installé à Paris depuis plus de trente ans. Son dernier roman les Filles d’Allah lui a valu des déboires avec la justice de son pays qui l’accusait d’offenser la sensibilité religieuse des musulmans, situation pour le moins paradoxale dans un Etat laïc. Les poursuites furent finalement abandonnées et le livre a été un succès en Turquie avec plus de 30 000 exemplaires vendus.

Cette fois Nedim Gürsel redevient écrivain voyageur comme dans Retour dans les Balkans ou De ville en ville. Aux portes de la Cappadoce, sur les rives du fleuve Rouge (Kizilirmark) se dresse la petite ville d’Hacibektas - qui porte le nom du célèbre derviche Hadji Bektas, arrivé incarné en colombe. «S’il existait une forme plus inoffensive que celle de la colombe, c’est celle que j’aurais prise», expliquait le saint homme qui fut le fondateur des becktachis, secte proche du chiisme où se mêlent d’antiques traditions chamaniques et des influences chrétiennes.

La quête de l’écrivain insiste sur l’homme. «Quoi que tu cherches, cherche-le d’abord en toi, et non à La Mecque, à Jérusalem ou en pèlerinage», disait Hadji Bektas dont la secte était très influente parmi les janissaires, l’élite de l’antique armée ottomane. Un bon tiers des Turcs se réclament toujours du «bektachisme» ou de l’alevisme, courant très proche, d’où le succès du pèlerinage annuel à Hacibektas.

Parmi ces derviches choisis par Nedim Gürsel, figure Kayguzuz Abdal dont les poèmes inspirés par ses visions juxtaposent les images les plus incongrues, tels ces milliers de poissons hivernant dans la montagne d’Allah ou une mouche arrachant la cuisse d’un chameau. Le Turco-Français ne cache pas sa tendresse pour ce surréaliste avant l’heure qui écrivait manifestement sous l’influence de la drogue, hachisch ou opium, qu’il évoquait dans ses vers.

Ce périple de l’Anatolie des derviches passe enfin par Bursa, l’ancienne et somptueuse capitale ottomane, où vécut le célèbre Geyikli Baba, derviche guerrier mais aussi poète mystique qui rappelait volontiers que «le coussin le plus douillet/C’est bien notre conscience». Le voyage s’achève à Konya où vécut le très fameux Celaleddin Rumi, le Mevlana, et ses derviches célébrant en tournant le retour vers l’Un : «Qui donc a séparé ton âme de la vérité ? Elle attend l’instant de l’union.»

Marc Semo

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