Mes chers lecteurs, mes chères lectrices, voici mon blog construit essentiellement autour de mes oeuvres afin de partager et d'échanger avec vous. Vous aurez l'accès aux livres, aux reportages et interviews, radio ou TV, aux articles de presse, etc... Aussi, vous pourrez me demander des dédicaces. Alors à bientôt... Nedim Gürsel «On n’habite pas un pays, on habite une langue. Une patrie, c’est cela et rien d’autre. » (E.M. Cioran, Aveux et anathèmes). Blog créé par Zühal Türkkan Gürsel et Leyla-Gün Gürsel.

09 Dec

Les turbans de Venise, éd. du Seuil, 2001 et Seuil Points, 2008.

Publié par Nedim GÜRSEL  - Catégories :  #Roman

Les turbans de Venise, éd. du Seuil, 2001 et Seuil Points, 2008.

Vers l'Autre Rive, Par Daniel Rondeau, publié le 27/09/2001.

  • Les Turbans de Venise, de l'écrivain Nedim Gürsel, racontent une histoire réconfortante à l'heure où des nihilistes se réclamant d'un Dieu vengeur viennent de prendre une terrifiante option sur l'avenir de la planète et promettent le crime comme au hasard. Plaisant, en effet, ce dialogue jamais discontinué depuis la Renaissance entre l'Orient et l'Occident, par peintres et tableaux interposés. Aimable, ce personnage de professeur, un Turc prénommé Kâmil, qui a fait le voyage de Venise pour rechercher dans les musées et les bibliothèques des signes d'une présence ottomane, et sympathiques, ses faiblesses pour le vin et les femmes. Agréable, enfin, cette prose caressante de Gürsel, qui semble pouvoir promener à l'infini le temps, les songes et les couleurs.

    Au commencement du livre est l'arrivée à Venise de Kâmil, venant d'Istanbul. Le professeur a loué un studio au niveau d'un canal. Une pompe se met en route en cas d'acqua alta. On pense à Morand, forcément: «Les maisons de Venise sont des immeubles avec des nostalgies de bateau: d'où leurs rez-de-chaussée souvent inondés.» Kâmil est un homme dans le milieu de son âge, il est fatigué mais pas rassasié, vit avec sa solitude, se console avec des prostituées et du vin blanc, puis tombe amoureux d'une jolie bibliothécaire, Lucia, insaisissable comme la lumière et qui lui échappe un soir de carnaval.

    La simplicité de cette romance inachevée nous trompe. Il faut oublier les masques, les rhumatismes du professeur, ses nuits qui n'en finissent pas et ses gueules de bois. Quand les visages s'effacent, deux villes apparaissent, étrangement humaines, qui les remplacent. Leurs rivages émergent du brouillard. Des coupoles de plomb, de longs minarets jaunes, des tours tronquées, des campaniles, des dômes déferlent dans la lumière du matin. Les Turbans de Venise, c'est aussi cela, deux peintures vivantes, Istanbul et Venise, séparées par la mer, parfois par la guerre, unies par le souvenir, la mélancolie, le travail, le plaisir, et par la mer aussi.

    Istanbul représente le pays natal, celui que l'on quitte, où la vie grouille, gronde, vous emporte. Une ville envahie par le béton, les voitures, et par un infini tumulte. La cité ottomane déborde hors de ses murailles et envahit les forêts avoisinantes. Le temps immobile s'est réfugié dans quelques points fixes où l'éternité demeure. Les petits restaurants de poisson de Kandilli ou les soirs d'été de Bebek. Venise, c'est l'autre monde, celui où le soleil se couche, la vieille cité inchangée depuis le XVIe siècle, la belle endormie livrée chaque nuit aux spectres et au silence. Deux villes maritimes, l'une traversée par la tranchée bleue du Bosphore, l'autre quadrillée par ses canaux où la vase monte. Et les navires à gros tonnage qui remontent le canal de la Giudecca sont les mêmes que ceux qui s'avancent sous la colline de Cihangir.

    Deux villes? Deux seours plutôt, qui n'ont cessé de se parler, de s'envoyer des signes, de correspondre. L'origine des chevaux de bronze placés sur le balcon de Saint-Marc, Byzance. Les mosaïques des ciels de Sainte-Sophie et celles de la basilique vénitienne, Du même or, du même souffle, du même esprit. A qui Mehmed II le Conquérant demande-t-il de faire son portrait, piétinant ainsi les principes de la charia. A Gentile Bellini, peintre de Venise. Que peut-on voir sur les tableaux de la Renaissance peints sur les bords du Grand Canal, Chez Bellini, encore? chez Carpaccio, Et chez Dürer, Vénitien de passage? Des Vierges à l'Enfant, oui, des saints subissant le martyre, oui, mais aussi des personnages enturbannés qui symbolisent la présence et l'attraction de l'Orient. C'est cette histoire particulière de la peinture que nous conte également Nedim Gürsel, qui saute avec une verve inlassable de tableau en tableau. Hélas, sa capacité d'évocation presque illimitée n'est pas sans danger pour le lecteur, attention, attention, trop de «détails ennuyeux», et pourtant, au bout du compte, une passionnante histoire de la peinture, quand, de chaque côté de la mer, des hommes en dépit du temps continuent de regarder vers l'autre rive.

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